Amy Sherald ou la lutte contre l’invisibilisation des noires et des artistes noires- Son discours
Née en 1973 dans une famille noire de la classe moyenne à Columbus, en Géorgie, et maintenant basée à Baltimore MD, Amy Sherald documente l’expérience afro-américaine contemporaine aux États-Unis à travers des portraits saisissants d’américains de tous les jours.
Amy Sherald a obtenu une reconnaissance mondiale lorsqu’elle a été chargée de peindre le portrait officiel de Michelle Obama, exposé actuellement au National portrait Gallery. C’est d’ailleurs ainsi que je l’ai découverte, bien qu’elle était peintre confirmée bien longtemps avant.
En 2025, Amy Sherald s’est vu consacrée, par le prestigieux Withney Museum une exposition de 37 de ses tableaux. Exposition qu’elle a nommée « American Sublime » ou « le sublime américain ». Ainsi parle Amy Sherald de cette exposition: « American Sublime est un appel à se souvenir de notre humanité commune et une affirmation de notre besoin d’être vus » .
J’aime beaucoup regarder les peintures d’Amy Sherald et j’aime sa technique qui semble de prime abord très minimaliste mais qui laisse entrevoir, lorsqu’on observe bien les détails ses tableaux, beaucoup de travail et une technique bien aiguisée. Il n’y a qu’à regarder les différentes teintes grisées de la peau de ses modèles, le plissement des tissus, l’ombre ou la lumière délicatement représentée et ses arrières-plans lumineux . Rien n’est laissé au hasard.
À l’ouverture de son exposition, Amy Sherald a prononcé un discours engagé sur les problématique vécues par les femmes artistes noires, la mission qu’elle, Amy, se donne de continuer à ouvrir la voix comme l’ont fait ses prédécesseurs, le pouvoir de l’art et son accessibilité à tous. En somme, son envie de rendre visible ce qui a été longtemps invisibilisé.
Je partage ici la traduction en français que j’ai faite de son discours:
"Être ici, dans cette salle de ce musée, à cet instant précis, est quelque chose que je ne prends pas à la légère. C'est une étape marquante. Non seulement dans ma carrière, mais aussi dans mon parcours d'artiste témoin de l'histoire. Je suis ici en tant que personne qui a toujours cru au pouvoir du portrait, à sa capacité de nous offrir un espace, à nos histoires et à notre présence.
Mais je sais aussi que je ne suis pas seule ; je suis là grâce à celles et ceux qui m'ont précédée. Les artistes qui ont peint, sculpté et créé, même lorsque le monde refusait de les voir.
Je pense à des artistes comme Edmonia Lewis, Hale Woodruff, David Driskell, Alma Thomas. Des géants qui ont ouvert la voix à tant d'entre nous. Ce travail ne consiste pas seulement à faire de l'art. Il s'agit d'ouvrir un chemin. Et ce soir, je me tiens sur leurs épaules. Pourtant, nous ne pouvons ignorer l'époque que nous vivons. Les forces de l'effacement sont bien réelles. Nous assistons à une tentative de détruire les progrès accomplis dans la construction d'une histoire plus complète et plus honnête de ce pays : la douleur, l'injustice, le tumulte incessant. Il peut sembler impossible de préserver un espace pour la créativité au milieu de tout cela, surtout en tant que femme noire.
Il y a pour elles cette pression de répondre, d'être toujours présentes. Et cela peut rendre l'acte de créer, pourtant si calme, si personnel, si joyeux, futile ou trop éloigné de nous.
Voilà ce que représente pour moi cette exposition "American Sublime" : un corpus d'œuvres qui insiste sur la vie vécue des noirs, dans le silence, la grâce et l'affirmation de soi.
L'art n'est pas un luxe, ce n'est pas une réflexion après coup. l'art n'est pas éloigné du monde dans lequel nous vivons. Il est nécessaire. Il nous rappelle qui nous sommes. Il nous donne les mots quand ils nous manquent. Il préserve la mémoire quand l'histoire est réécrite et il ose imaginer le possible, là où tant d'autres préféreraient ne pas rêver du tout.
Alors ce soir, tandis que nous célébrons "American Sublime", je vous invite à reconnaître que l'art n'est pas simplement ce qui est accroché aux murs, mais aussi les vies et la vérité qu'il renferme.
Nous sommes ici ce soir, défiant l'effacement. Nous sommes en présence de la beauté, de l'histoire, de nous-mêmes. Et nous ne serons pas ébranlés.
Merci."









En ce moment, Amy Sherald est exposée au musée de Baltimore jusqu’en Avril 2026.
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